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Une stridulation aiguë l'arrache à ses pensées. Des voyants clignotent sans relâche, d'autres se sont éteints. Les aiguilles ont dépassé la cote d'alerte, plusieurs se sont brisées sous le choc. Des sonneries s'ajoutent à la cacophonie. Il s'agit de montrer l'impossible : le tunnelier est mort. Calmement, l'esprit en retrait, Aleira coupe les alarmes et ferme les interrupteurs. Il se laisse tomber dans le siège, absent à lui-même. Puis le désespoir s'abat. Les yeux fixes, il regarde le laser au calibrage parfait, la mire ajustée au centième de millimètre. Tout cet appareillage est inutile désormais. Il voudrait ne pas y croire, être submergé de colère. Contre qui, contre quoi ? Il est Pilote-Mécanicien : ces réactions ne seraient pas dignes de son rang. Le détecteur du sas bourdonne. Quelqu'un vient. Aleira se retourne quand la porte s'ouvre. La silhouette d'Anastasie s'encadre dans la lumière bleutée, immobile. Il ne voit pas le couteau qu'elle a jeté sur le sol. Elle s'avance. Sa blouse est tachée. Des éclaboussures ternes, des traces de couleur pâle, d'un vert tirant sur le jaune. Une odeur douceâtre s'en exhale, presque nauséeuse. « Viens. » Aleira la suit, sans un regard vers le panneau de commande. Anastasie entre dans la petite cabine où il dort parfois, lorsque les drogues ne le tiennent plus éveillé. Elle ferme la porte derrière eux. « Nous devons partir. Maintenant. » Aleira ne la reconnaît plus. D'habitude si douce et réservée, elle le surprend par sa totale maîtrise. « Partir ? », lui demande-t-il. « Pour aller où ? » Elle tourne son visage constellé de minuscules taches de rousseur vers le hublot. À l'extérieur, l'air dense garde le silence sur ses caractéristiques. Température, viscosité, vitesse... sans l'aide des instruments, Aleira ne peut dire de quoi il est fait. Anastasie encore moins. |
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| Anastasie |