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Enfin, ils se remirent à
avancer dans l'espoir incertain de dénicher une autre
épave. Jaï-Kwo avait repris naturellement la tête. Il
guettait le plus infime indice dans les déferlantes de
sable, scrutait le nuancier du grège à l'ocre,
attendant lui aussi un don miraculeux.
Des heures s'écoulèrent.
Lentes. Régulières. Insipides. Ils devaient lutter sans
cesse pour ne pas simplement s'arrêter là, pour
continuer cette reptation sordide à la surface de la
planète perdue. Petit à petit, insidieusement, le doute les
gagnait, le désespoir les rongeait.
Sans même s'en rendre
compte, ils ralentissaient l'allure, perdaient pied dans
les flux et reflux du sable.
Alors que leur moral retombait
au plus bas, un objet s'enfonça sous le poids de
Jaï-Kwo. Il se jeta à genoux et creusa le sable pour le
dégager. Un coquillage apparut. Ils gardèrent le silence,
fascinés par la forme quasi parfaite. La conque était vide,
certes, sa coquille fine réduite en dentelle par endroits,
mais pas du tout fossilisée, comme si elle se trouvait là
depuis des semaines, des mois tout au plus.
Ils établirent un camp sur
place, trop fourbus pour continuer la route ou pour se
chercher querelle. Des horizons immuables les cernaient.
Ce monde mettait leur esprit à
l'épreuve. Comment expliquer la présence d'un
navire antique et d'un coquillage en un tel lieu ?
Après deux heures de réflexion,ils n'avaient abouti à
aucune conclusion.
Jaï-Kwo se retira à
l'écart des trois hommes, mettant une dune entre eux et
lui. L'hologramme l'enveloppait dans ses lignes
flexueuses, courbes glissant sur des courbes pour se perdre
dans un flou coloré. Il venait de discerner une tache sombre
sur leur trajectoire quand un flot de parasites noya soudain
la projection. Il secoua l'appareil, espérant un faux
contact. L'image tressauta, se stabilisa, avant
d'être étouffée sous la neige. Etait-ce la batterie
qui menaçait de rendre l'âme ou un mauvais
fonctionnement passager dû à la chaleur ? Surtout garder le
moral, ne pas fléchir. Jaï-Kwo inspira longuement
l'air sec du désert, se calma. Dans ce genre
d'appareil, la panne était surtout imputable à
l'état d'esprit de l'utilisateur.
Il éteignit le projecteur et
s'enroula dans une couverture de survie. La nuit
s'annonçait froide.
Au matin, ils reprirent la
route. Enfermés dans un silence morose, ils avançaient
groupés comme s'ils avaient été seuls. Les
trouvailles de la veille étaient entrées dans le domaine de
la normalité, banalisation du réel qui calmait les
angoisses.
Le paysage ne changeait guère.
Les couleurs s'étaient affadies au fil de la marche,
tous s'étaient acclimatés, un voile diaphane glissé
entre eux et le monde.
Jaï-Kwo rallumait de temps en
temps le projecteur que la nuit avait réparé, gardant
jalousement le secret sur ses découvertes. Les autres ne
s'en souciaient plus.
La tache sombre le rendait
nerveux. D'abord attiré, il avait continué dans cette
direction, avant de prendre peur, brusquement, sans raison
particulière. Il s'était alors orienté sur une autre
flèche de la rose des vents et avait compté plus de mille
pas. Il réactiva la projection pour s'apercevoir
qu'ils avaient continué droit sur la tache. Aucun
repère n'existait dans ce désert mouvant, mais la
grande tache sombre paraissait les attirer imperceptiblement,
étendant son emprise sur eux à mesure qu'ils s'en
approchaient.
Par instants, il ressentait
presque physiquement cette attirance.
Chacun commençait à mesurer
l'inutilité de cette fuite en avant, d'autant plus
absurde que les rations de survie touchaient à leur fin.
Qu'avaient-ils à gagner au bout du compte,
puisqu'il leur faudrait mourir ? Une journée de marche
supplémentaire en se rationnant, peut-être deux si
l'un d'entre eux avait l'obligeance de céder
sa place assez tôt.
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