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Quatre jours. Quatre jours
déjà qu'ils marchaient sur ce planétoïde perdu
d'un système oublié. Les routes commerciales du
secteur passaient trop loin pour qu'ils espèrent être
découverts au cours d'une expédition de routine.
Le tissu naguère résistant de
leur mince combinaison se délitait sous le frottement du
sable. Celui-ci s'immisçait partout, crissait sous la
dent et irritait leur peau cuite et recuite par un soleil
dévastateur. La trame affleurait par endroits, augurant de
nouvelles brûlures.
Jaï-Kwo et ses hommes étaient
de quart quand les sirènes du Pégase, leur flamboyante
caravelle, avaient hululé. Ils n'eurent que le temps
d'embarquer dans une chaloupe de secours, direction le
grand vide. Les autres furent désintégrés par
l'explosion soudaine.
Après une dérive de huit
heures, la chaloupe était entrée dans l'atmosphère
d'un planétoïde de classe 3 pour finalement
s'écraser contre une dune. Autour d'eux, le
désert. Ils avaient emballé le matériel de survie en
milieu hostile, emporté le seul holo du territoire pris
avant le crash et s'étaient mis à marcher sans un mot.
Dans un premier temps,
l'effort fourni pour simplement survivre avait cimenté
le groupe. Mais Jaï-Kwo, le chef de quart, Cybel, le radio
qui contrecarrait l'androgynie de son nom par une
rudesse non feinte, Garth am Vassel, le commando à la
patience légendaire et Qvetxal Töbr, le mécanicien aux
sautes d'humeurs imprévisibles, tous ressassaient les
mêmes idées noires tandis que la tension montait
inexorablement.
Cybel attaqua le premier.
On était tous de
quart et personne ne sait ce qui est réellement arrivé.
C'est insensé !
L'espace nous
réserve bien des surprises, récita Jaï-Kwo sans avoir
l'air d'y toucher.
Garth sourit malgré lui à la
platitude de la remarque comme au ton employé, alors que ces
mêmes mots exacerbaient la colère de Cybel. Töbr, quant à
lui, était resté de marbre.
On a tous fait notre
boulot, non ? renchérit Cybel, scrutant sur les visages une
trace de doute à laquelle se raccrocher.
Tous soutinrent son regard un
temps puis se lassèrent de ce petit jeu. Jaï-Kwo secoua
lentement la tête, comme pris de pitié pour son
subordonné, ce qui ne fit qu'accentuer le ressentiment
qui le tenait.
Tu n'as pas
l'air très sûr de toi, Jaï. Peut-être que
t'étais pas vraiment attentif aux instruments ? insinua
Cybel avec sa lourdeur habituelle.
Ça suffit,
l'interrompit Garth. On a déjà assez de problèmes
comme ça sans en rajouter.
Toi, reste en dehors de
tout ça. Tu vois pas qu'il a quelque chose à cacher ?
Pas vrai, Jaï ?
Jaï-Kwo ne savait pas comment
se dépêtrer des accusations portées contre lui. Un
pourcentage important de caravelles disparaissait encore en
mission, et cela, tous le savaient. Ils avaient accepté le
risque en s'engageant.
C'était quand
même toi qui t'occupais de la console principale. Une
alarme s'est bien déclenchée à un moment ou à un
autre, non ?
La remarque de Cybel fit
mouche. Les autres se rapprochèrent, attendant une
explication. Jaï-Kwo se remémora les dernières secondes
avant l'accident, les écrans de contrôle qu'il
surveillait du coin de l'il, pas très
attentivement peut-être, mais assez pour noter si une alarme
s'était réveillée. Un doute l'effleura.
Dis-moi, Qvetxal,
personne n'aurait trafiqué les fusibles par hasard ?
L'interpellé se rembrunit
soudain.
Bien sûr que non. Qui
serait assez dingue pour court-circuiter une alarme ?
Le regard que lui décocha
Garth en dit long sur le peu d'estime dans laquelle il
le tenait. Conscient du rôle qu'il venait
d'endosser, il s'expliqua brièvement.
Vous savez aussi bien
que moi que les biocapteurs de vent solaire ont la nausée au
moindre changement de pression. Si on ne les avait pas
déconnectés, il y aurait eu une alarme toutes les cinq
minutes. De toute façon, tous les équipages le font. Je ne
vois pas en quoi cela aurait pu provoquer le naufrage.
Cybel prit aussitôt la
défense de son collègue.
Ça fait plus de cinq
ans que je bourlingue, et j'ai jamais entendu parler
d'un accident dû à ce satané fusible. Il y a
certainement autre chose.
Töbr s'énerva soudain.
T'es le dernier
monté à bord, Jaï, et à la première sortie, c'est
l'accident. Tu trouves pas ça bizarre ?
Garth resta en retrait, soupesa
l'argument avancé avant de se faire une opinion.
Finalement, il prit part au lynchage.
Désolé Jaï, Töbr a
peut-être raison. Les nouveaux attirent le mauvais il,
c'est bien connu.
T'es un
porte-guigne, comme qui dirait, ajouta Cybel avec un regard
mauvais pour ne pas être en reste.
Vous ne croyez quand
même pas à ces sornettes ! se défendit Jaï-Kwo à court
d'arguments.
La suspicion de ses compagnons
le minait. S'il avait eu la carrure d'un meneur
d'hommes, il aurait accepté d'être celui contre
qui on s'unit pour recréer un filet émotionnel
tangible et vaincre la peur qui noue le ventre. Mais il
n'avait encore jamais affronté une telle situation.
Il préféra ramasser son sac
et s'éloigner des trois hommes.
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