Pour la plupart des gens, il n'est pas plus difficile de passer d'un Lieu à l'autre que de se déplacer au sein du même. Il en allait différemment autrefois, lorsque les jours défilaient au paysage monotone de l'air dense, toujours identique à lui-même pour ce que les voyageurs en voyaient depuis les cabines. Entre eux, ils l'appelaient vulgairement « le ciel », comme si la magie de ses formes mouvantes ne les atteignait pas. Mais cette sémantique subtile n'était rien face aux errances des tunneliers qui posaient les rails dans ce grand vide. C'est à bord de l'un d'entre eux que se déroula l'histoire la plus romantique de ces chemins de fer d'un nouvel âge. La plus tragique aussi.

      Il s'appelait Aleira. Elle, Anastasie. Elle avait quitté le tunnelier, lui n'avait pas osé. La distance qui les séparait dès lors se mesurait moins en espace qu'en différences. Il ne pouvait plus la voir que par le hublot. Vous connaissez la suite. Ah oui, ils foraient la Ligne 39.

Anastasie

© Alexis Ulrich