Anastasie tombe, de plus en plus vite. Elle ne contrôle plus les mouvements de son corps qui lutte contre l'air qui n'a plus de dense que le nom. Les bras écartés, elle tente de freiner sa chute, de la diriger vers elle ne sait où. Très loin en dessous d'elle, le socle d'un Lieu se rapproche, si loin encore qu'elle le devine à peine. Anastasie se maintient un instant sur le dos. L'arc brillant du monorail s'élance dans les airs, aussi ténu qu'un cheveu et pourtant si résistant. Au bout, une masse informe menace de le rompre. Le frottement de l'air se fait plus oblique, moins douloureux. Bientôt, elle est soulevée comme un fétu de paille par un courant ascendant. Anastasie remonte à l'assaut du tunnelier.

      La masse sombre s'élance à sa rencontre, menaçante. Anastasie est ralentie dans son élan par un fin brouillard bleuté qui orne ses cheveux de perles microscopiques. Sa vitesse diminue tant et si bien qu'elle semble maîtresse de son vol. Elle plane au jugé le long du mur miroir, observe son reflet sur l'écran argenté. Dans son dos, le tunnelier inerte attend. Elle se retourne lentement, lui fait face.

Anastasie

© Alexis Ulrich