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Il scrute les cadrans, vérifie la pression des fluides dans les conduits. La foi qu'il insuffle dans ses mouvements d'horloger ignore la panne qui met en péril, la fuite qui paralyse. C'est pour cela qu'il a été choisi. Un bref coup d'il à la mire du laser, une infime pichenette sur la molette de réglage longitudinal. Tout est en ordre. Aleira observe le rayon qui se perd dans le brouillard bleuté, prélude d'une trajectoire sans équivoque. Son regard glisse sur les froides surfaces métalliques. Ses mains suivent, s'attardent autour des manettes d'un noir mat qui se réchauffent à leur contact. Bercé par la douce vibration de la machine, il s'imagine dans les bras de son autre amour. Aleira caresse avec une pudique dévotion les boutons du tableau de bord, sent le pouls de l'autre s'accélérer sous ses doigts. Mais ici, pas d'hésitation, aucun émoi troublant la splendeur de la communion. Les vicissitudes de la chair l'insupportent. Elle comporte trop d'aléas. Tandis qu'ici, pas de respiration bruyante, pas de gargouillis organiques impromptus ni de moiteur corporelle. Tout a été pesé, testé, calibré. Rien d'étonnant à ce qu'il se sente si bien, tellement à l'aise dans le cocon protecteur du cockpit à la lumière crue. Une sirène le sort de sa rêverie : le tunnelier accuse une dérive latérale qu'il doit corriger. Aleira s'empresse de remettre les choses en ordre, suivant la procédure avec un zèle qui n'a rien de mécanique. Les cliquetis de la molette résonnent encore dans le poste de pilotage. Ils accompagnent l'écho mourant de la sirène et la honte d'Aleira. Par sa faute, la trajectoire aurait pu être voilée. Il ne faut plus qu'il pense à elle. Il porte la robe des Mécaniciens : il doit sa vie au tunnelier, le reste est péché. Malgré lui, le visage d'Anastasie se superpose au paysage désolé sur la vitre blindée. Son poing s'écrase sur le hublot. Le malaise demeure. Dehors, les pièges de l'air dense attendent la moindre erreur pour se révéler. La chair est si faible... |
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| Légende |