« Salut, Fiona pour André. Je te remercie pour le compliment sur ma voix, mais qu'est-ce que tu cherches sur le réseau ? Parce que moi, je suis mariée et je ne recherche qu'une amitié. Bisous. »
Gérard ne traite que les messages de femmes. Comme celui-ci n'est pas licencieux, il l'accepte. Pendant qu'il réfléchit à la marche à suivre, une voix féminine lui récite le menu.
« Pour ré-écouter le message, tape 1... Pour écouter le message suivant, tape 2... Pour déconnecter la personne, tape 3... Tape 8 pour avoir son numéro de BAL... Pour remonter au sommaire, tape *... »
[Message suivant] valide celui de Fiona et lance la lecture du prochain. Gérard recule son siège pour allonger les jambes. Ces boxes sont vraiment trop étroits.
|
|
« Je ne sais pas ce que tu entends par faire l'amour au téléphone, mais ça ne m'intéresse vraiment pas. Continue de chercher, tu trouveras peut-être quelqu'un qui acceptera. Bisous quand même de Josie, 95. »
Ces réseaux attirent tous les tordus de l'hexagone. Gérard accepte le message. Son destinataire s'est fait poliment moucher. Faire l'amour au téléphone, voilà qui le laisse perplexe. Autant se masturber devant la télé.
Monotone, une première heure s'écoule, alignant dans ses écouteurs des fragments de discussions sans profondeur, des messages anonymes d'une drague hors de prix. Parfois, l'une des connectée brise le tabou et parle des factures de téléphone qui augmentent brusquement, doublant, triplant même jusqu'à des montants absurdes, sans commune mesure avec le service proposé. Mais le rêve n'a pas de prix. Alors elles échelonnent les créances, espérant que le prochain connecté sera le bon, celui qui leur montrera la voie du bonheur, et pas un homme marié en mal d'aventure.
Bientôt, elles donnent leur numéro de téléphone personnel à ces inconnus, même s'il est en liste rouge, parce qu'après tout, il a une belle voix, ce maniaque qui l'appellera à deux heures du matin, ivre mort et agressif. Dans ces cas-là, Gérard note le téléphone de l'esseulée, son numéro de Boîte Aux Lettres et l'heure de l'appel.
Plus tard, quelqu'un l'appellera pour vérifier ses bonnes murs. Vous comprenez, Madame, on ne peut tolérer de racolage sur le réseau, la responsabilité de la société est en jeu. Et elle acquiescera, tolérera l'insulte à peine masquée, preuve indiscutable qu'il ne s'agit pas d'un attrape-gogo. L'homme, lui, n'est jamais inquiété.

|
|