Gérard demande le numéro de BAL de l'inconnue. Il note fébrilement les nombres impersonnels puis retourne sur le menu principal. Là, il tape sur la touche 2, le contrôle d'un CV par son numéro de BAL. Un autre menu défile dans ses écouteurs. En entrant le numéro de BAL, il aura accès au message d'entrée sur le réseau et aux derniers messages émis et reçus par la voix désincarnée. Gérard entre le numéro de BAL, attend un instant. Une bande se lance quelque part dans un local technique et une voix masculine annonce « CV inconnu ». Sous l'agitation, Gérard a dû se tromper de touche. Il recommence. « CV inconnu ». Apparemment, l'oiseau s'est envolé. Il n'a aucun moyen de retrouver sa trace. Perplexe, Gérard retourne en surveillance et attend de nouveaux messages.


           Il ne peut s'empêcher de songer à ce qui vient de se passer. Théoriquement, les connectés ne peuvent pas effacer leur message d'entrée. Un petit malin a dû trouver la faille en pianotant sur son combiné. Gérard est persuadé qu'il ne s'agit pas d'une femme. La voix n'avait aucune sensibilité, comme un message enregistré. Mais les enregistrements conservent à la voix sa tessiture, son timbre. Il y a vraiment quelque chose de bizarre avec cette voix.
           « CV supprimé ». Gérard sursaute. Il vient de supprimer un message qu'il n'a même pas entendu. Il marmonne d'un ton hargneux qu'il a le droit à l'erreur, qu'il n'est pas une machine. Gérard maîtrise sa respiration, se concentre sur sa tâche. La fatigue accumulée par ses horaires irréguliers le rend nerveux. En plus, on vient encore de modifier son planning. Résultat : deux nuits de six heures qui se suivent. Aucun moyen de rattraper son retard de sommeil.
           Tu sais, j'ai pour principe de ne jamais donner mon téléphone au premier message. Parlons d'abord un peu si tu le désires. » [Message suivant]
           « Excuse-moi, mais tu sais comment c'est. Ils te font couper, j'ai dû raccrocher. Mon répondeur est maintenant le 25.68.32. Appelle-moi. » [Message suivant]

Suite